La récente loi contre les fraudes sociales et fiscales renforce les moyens de l’administration fiscale. Au menu : des documents comptables à conserver quatre ans de plus, et un délai de reprise repoussé d’un an dans les dossiers les plus complexes.

C’est un texte technique, mais aux conséquences bien concrètes pour les entreprises et les contribuables. La loi du 25 juin 2026, relative à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, est venue étoffer le Livre des procédures fiscales (LPF) sur deux points précis : la durée de conservation de certains justificatifs, et les délais dont dispose l’administration pour rectifier un contribuable dans les affaires les plus sensibles.

Des factures à garder quatre ans de plus

Premier changement notable : le délai de conservation des documents constitutifs de la « piste d’audit fiable », ces contrôles internes que les entreprises doivent mettre en place pour garantir l’authenticité et l’intégrité de leurs factures, passe de 6 à 10 ans. Une mesure qui ne concerne toutefois pas toutes les factures : elle vise spécifiquement celles qui ne sont pas sécurisées par une signature électronique qualifiée, un message structuré normé, ou un cachet électronique qualifié. Les factures “papier” sont donc concernées, et non pas la facture électronique.

Concrètement, seuls les documents dont le délai de conservation expire après le 1er janvier 2027 sont concernés. Une facture émise en 2020, dont l’obligation de conservation s’éteint avant cette date, échappe donc à l’extension. En revanche, une facture de 2024 verra son délai s’étirer jusqu’en 2034. La mesure est entrée en vigueur depuis le 27 juin 2026.

Un an de sursis supplémentaire pour le fisc

Second volet : l’allongement des délais de reprise « spéciaux », ces fenêtres temporelles pendant lesquelles l’administration peut encore redresser un contribuable dans des situations particulières (demande d’assistance administrative internationale, ouverture d’une enquête judiciaire pour fraude fiscale ou révélation d’omissions à la suite d’une procédure contentieuse).

Jusqu’ici, ce délai expirait à la fin de l’année suivant l’événement déclencheur. Il court désormais jusqu’à la fin de la deuxième année suivante, offrant ainsi à l’administration une marge de manœuvre supplémentaire pour instruire des dossiers souvent longs et complexes, notamment lorsqu’ils impliquent une coopération internationale. Cette disposition s’applique aux délais expirant à compter du 26 juin 2026.

Un signal clair envoyé aux fraudeurs

Ensemble, ces deux mesures traduisent une volonté politique claire : donner à l’administration fiscale plus de temps et plus de matière pour traquer la fraude, dans un contexte où la lutte contre l’évasion fiscale et la fraude sociale reste une priorité affichée des pouvoirs publics. Pour les entreprises, le message est tout aussi net : la rigueur documentaire devient un enjeu de conformité à ne pas négliger, sous peine de voir ressurgir, des années plus tard, un contrôle sur des pièces qu’elles pensaient pouvoir archiver ou détruire.

Bon à savoir : combien de temps conserver vos documents administratifs ?

Une entreprise doit conserver tout document émis ou reçu dans l’exercice de son activité. Ce délai varie selon la nature des papiers.

Documents contractuelsDurée de conservation
Contrat, correspondance commerciale5 ans
Document bancaire5 ans
Garantie pour les biens ou services fournis au consommateur2 ans
Contrat conclu par voie électronique avec un consommateur (à partir de 120 €)10 ans
Acquisition ou vente de biens immobiliers et fonciers30 ans
Déclaration en douane3 ans
Police d’assurance2 ans après la résiliation du contrat
Documents comptablesDurée de conservation
Livre journal, grand livre, livre d’inventaire, etc.10 ans
Pièces justificatives : bon de commande, facture, etc.10 ans
Documents de votre sociétéDurée de conservation
Statuts et actes modifiant les statuts5 ans après la fin de la société
Registre des mouvements de titres Registre des procès-verbaux d’assemblées5 ans à partir de la fin de leur utilisation
Feuille de présence et pouvoirs3 derniers exercices
Rapport du gérant3 derniers exercices
Main-d’œuvre salariéeDurée de conservation
Bulletin de paie (double papier ou électronique)Le double du bulletin de salaire est conservé pendant 5 ans par l’employeur. L’employeur garantit la disponibilité du bulletin de paie sous forme électronique soit pendant une durée de 50 ans, soit jusqu’à ce que le salarié ait atteint 75 ans.
Registre unique du personnel5 ans à partir du départ du salarié
Document concernant les contrats de travail, salaires, primes, indemnités, soldes de tout compte, régimes de retraite5 ans
Document relatif aux charges sociales et à la taxe sur les salaires3 ans
Comptabilisation des jours de travail des salariés sous convention de forfait3 ans
Comptabilisation des horaires des salariés, des heures d’astreinte et de leur compensation1 an
Observation ou mise en demeure de l’inspection du travail5 ans
Déclaration d’accident du travail auprès de la Caisse primaire d’assurance maladie5 ans

Retrouvez toutes ces informations sur le site entreprendre.service-public.gouv.fr

N’hésitez pas à vous rapprocher de AGC pour plus de renseignements.

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